Novembre 2025 – Le concours d’architecture, une étape incontournable
“Le concours d’architecture, une étape incontournable” – Article publié le 15 novembre 2025 dans Le Temps.
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On pourrait croire que l’apparition des concours d’architecture est contemporaine. Et pourtant, c’est en 1877 que la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) approuve le premier règlement fixant les principes pour l’organisation des concours d’architecture en Suisse.
Citons comme exemple, le concours lancé par la Confédération pour construire le siège du Tribunal fédéral à Lausanne autour des années 1875-1880, ou encore celui pour l’aménagement de la place du Port à Neuchâtel en 1890.
En 2025, selon le site Espazium consacré aux compétitions, il y aurait très exactement 242 concours de projets en Suisse. En Suisse romande, cela représente majoritairement des écoles, des EMS, mais encore des installations sportives, du logement, des sites culturels, des passerelles, etc. Quant aux concours jugés en 2025, il y en avait 42. Parmi ceux-ci, relevons le réaménagement de la place de la Riponne à Lausanne, une procédure sélective, le Centre des sciences physiques et mathématiques de l’Université de Genève ou encore le concours pour l’agrandissement et la restauration du Musée d’art et d’histoire de Genève.
De l’intérêt des concours
« Gagner des prix crédibilise un bureau », comme le résume Floriane Robert, fondatrice du bureau Arcadie à Lausanne, un jeune bureau d’une vingtaine de personnes. « Parmi les aspects positifs de la mise sur pied d’une telle procédure, il y a le fait que cela crée de l’émulation entre les cabinets d’architectes, et aussi le fait que, comme il s’agit de concours anonymes, cela permet à de jeunes talents de décrocher des mandats. Mais cela représente au minimum 500 heures de travail et ce sont au maximum six prix qui sont ensuite décernés. »
Son confrère genevois Jacques Bugna milite pour les concours SIA : « Les architectes membres de la SIA évitent de faire trop de concours privés, hors SIA. Par ailleurs, selon la forme du concours, cela peut décourager certains d’y participer. Tous les grands bureaux genevois sont devenus réticents à participer aux procédures ouvertes car ils se retrouvent en relative concurrence déloyale avec des jeunes bureaux ou des bureaux basés hors de Suisse. Relevons qu’il y a parfois plus de 100 projets rendus. L’avantage des concours sur invitation est que l’on se retrouve avec des bureaux de force équivalente », plaide celui qui présida l’AGA (Association Genevoise d’Architectes) de 2000 à 2002 et dont le bureau a notamment réalisé le siège de l’Union Européenne de Radiotélévision, le nouvel Hôtel de Police, le siège du World Economic Forum ou encore la récente Aile Est de Genève Aéroport.
MEP plébiscités
Sa consoeur vaudoise plaide pour les concours à deux tours : « Le premier permet de favoriser une émulation des idées. Ce qui nécessite moins d’heures de travail. Par contre, le second tour est chronophage mais chaque bureau est alors rémunéré. » Elle apprécie aussi la formule des mandats d’études parallèles : « Il y a soit une présélection, soit une invitation à participer, et on parle dans ce cas d’un dialogue entre les bureaux et le maître d’ouvrage pour orienter le projet, donc cela n’est pas anonyme. Mais cela ne se justifie pas pour la réalisation d’une école sur un terrain plat ».
Autre solution appréciée : Les marchés effectués par appel d’offres où l’on va rechercher le meilleur rapport qualité-prix pour une prestation donnée. « L’offre d’honoraires pèse généralement 30% dans les critères d’attribution, à ne pas confondre avec un devis. Ici, on juge le bureau le plus compétent pour le travail requis. Sont examinés : les références, l’organigramme, la lettre de motivation ou encore le CV des personnes qui seront en charge du dossier. Alors qu’émettre un devis ne prend que 4h, répondre à un appel d’offres nécessitent 15 jours de travail ».
Risque de défaillances
Quand bien même des concours sont organisés, il peut y avoir des défaillances. Floriane Robert rappelle que la composition du jury doit être contrôlée : « Selon les normes SIA, les représentants du maître d’ouvrage ne doivent pas excéder 50% des membres du jury ». A ce propos, il est intéressant de savoir que Genève est le premier canton à s’être intéressé à cette question des marchés en créant en 1999 une Commission des concours et des appels d’offres (CCAO). Elle est constituée de mandataires indépendants qui jugent les cahiers des charges. Ainsi, sur le site d’Espazium, il est indiqué en toute impartialité avec un smiley si le concours respecte parfaitement les règles des concours SIA ou pas. L’ensemble des bureaux d’architectes de Genève reçoit des tableaux avec les smiley souriants ou mécontents. « Cela peut être la rétribution prévue des participants qui n’est pas juste ou le cahier des charges qui se révèle trop important à ce stade-là. Parfois, certaines demandes sont inappropriées. Prenons le cas où il est demandé de fournir le concept d’ingénierie alors que le jury ne compte pas d’ingénieur ».
Economiquement important
Cela étant, quand bien même les architectes sont généralement attentifs à de multiples détails liés à ces concours, il est rare qu’ils ne participent pas à quelques concours. Rares sont les bureaux à pouvoir s’en passer d’un point de vue économique.
Fort d’une vingtaine de personnes, le bureau Jacques Bugna vise les concours où ses compétences seront un réel atout : le sport, la sécurité, les aéroports ou encore les garages automobiles.
Nos interlocuteurs, mais également d’autres professionnels émettent généralement un regret : certains maîtres d’ouvrage ne suivent pas leur projet. A ce propos, citons l’extension de l’EPFL Innovation Park à Ecublens où le lauréat (le bureau danois 3XN allié à IttenBrechbühl) est connu. 7 millions de francs ont déjà été dépensés pour les honoraires, et pourtant rien n’a avancé. Autre exemple, la 2e étape de l’Hôtel de Police à Genève qui n’a jamais vu le jour alors que l’ensemble du projet global en trois étapes avait été finalisée. « Nous avions alors investi pour près de 10 millions en honoraires mais pour un objet qui a fini en classement vertical », se souvient Jacques Bugna. Les exemples de ce type foisonnent, généralement pour des maîtres d’ouvrage publics, rarement pour des privés. A méditer.